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L’enfant, naturellement philosophe ?

L’enfant a une aptitude naturelle au questionnement. Or, le questionnement est la base de la philosophie : les philosophes Grecs de l’Antiquité disaient qu’à l’origine de la philosophie, il y a l’étonnement, manifestation innée à l’être humain mû par un désir de savoir. L’enfant serait donc naturellement philosophe.

Spontanément, il s’étonne et interroge le monde qui l’entoure. Animés de cette volonté de comprendre les enfants questionnent librement. L’enfance, c’est l’âge des pourquoi et des comment, qui sont d’un point de vue philosophique, une faculté précieuse à favoriser et encourager, à la maison ou très tôt à l’école.

Par nature, les enfants aiment à découvrir : n’importe quelles réalités les étonnent. Ils possèdent cette fabuleuse habileté à voir l’extraordinaire dans l’ordinaire. Outre leur émerveillement face aux lois naturelles, les enfants posent également des questions existentielles.

 

« Ils partagent les questions que les adultes se posent sur la condition humaine : l’organisation des relations sociales (la famille), les sentiments et les émotions liés à ces relations (l’amour, la honte…) et les valeurs et contre-valeurs de la vie (le racisme, le beau/le laid…). »
Jacques Lévine

Ces questionnements que soulèvent les enfants sont ceux de tous les hommes, depuis toujours ; leur faire prendre conscience de cela les inscrit dans l’Humanité.

Les adultes ont pourtant l’habitude de les tenir éloignés des questions importantes, préjugeant qu’ils n’auront pas la capacité d’y répondre ni même de comprendre. Ils demandent généralement aux enfants d’écouter et préfèrent leur asséner des réponses empreintes de certitudes finalement peu fiables. C’est là une posture de l’adulte qui sous-estime l’enfant et le réduit à un rôle prédéterminé : selon son étymologie latine, infans, c’est celui « qui ne parle pas ».

De fait, l’enfant a moins de connaissances que l’adulte ; ce qui rend ses remarques si touchantes. Sa curiosité naturelle, son aptitude à vivre au présent lui permettent cependant d’interroger ses expériences concrètes, de poser des questions directes à partir de ses observations. Pour un enfant, l’Univers entier est fait de sa propre expérience à travers les cinq sens. Infatigables explorateurs, les enfants désirent savoir. Or, la philosophie, définie comme amour de la sagesse, est une quête des saveurs de la vie : étymologiquement, le mot sagesse vient de sapere « savourer ».

Socrate parlait de la naïveté comme condition d’exercice de la pensée. L’enfant est naturellement philosophe au sens où il exerce son jugement sans artifices. La fraîcheur intellectuelle de l’enfant serait ainsi sa force car son raisonnement n’a pas eu le temps d’être altéré par la coutume, le dogme ou la présomption du savant.

Du fait de son développement cérébral, l’enfant présente également l’aptitude d’être en lien direct avec son ressenti. Il vit intensément et raisonne avec les émotions qu’il éprouve. Or, grâce aux  neurosciences, on sait désormais que l’intelligence humaine est émotionnelle. Aussi candide puisse-t-il paraître, le raisonnement simple et sensible des enfants peut nous inviter à voir les parties du tout, détails à côté desquels passent nos regards précipités ou désabusés d’adultes. Leur approche intuitive peut susciter l’énoncé de vérités comme des évidences que la logique seule et l’esprit analytique ne savent pas toujours percevoir.

 

« Écouter les enfants, les questionner, les suivre dans le déroulé de leurs raisonnements est d’une grande utilité pour eux, parce que cela favorise le développement de leur intelligence, mais également d’une grande utilité pour nous, parce qu’ils peuvent parfois nous permettre de voir des choses que nous ne voyons pas ou plus. »
Olivier Chartrain

Le Petit Prince de Saint-Exupéry nous rappelle très bien à cette sagesse de l’enfance « capable, pour reprendre quelques exemples, de sentir l’isolement du vaniteux, le cercle vicieux du buveur, la vacuité de l’homme d’affaires… ou le temps nécessaire aux amitiés uniques. » (ibid.)

 

Ainsi, être philosophe, c’est avant tout une manière de voir le monde, avec les yeux d’un enfant.

Il n’en demeure pas moins que la philosophie est une démarche exigeante pour apprendre à penser par et pour soi-même : dépasser le cadre de la simple opinion et développer une pensée critique, créatrice et attentive.
Au delà de son aptitude naturelle à s’étonner et à questionner le monde qui l’entoure, l’enfant doit être guidé pour développer son argumentation, construire son propre raisonnement qui ne serait pas seulement intuitif mais aussi analytique.

 

Etre de langage capable de raison, l’enfant doit
être accompagné pour élaborer avec rigueur et objectivité une pensée qui lui soit propre. La raison n’étant pas innée, elle se déploie dans le dialogue, l’échange d’inter-subjectivités.  Philosopher,
c’est réfléchir ensemble, discuter à propos de quelque chose qui pose un
problème afin de l’expliquer, le comprendre, lui donner du sens.

Dans le cadre collectif de la communauté de recherche défendue par Matthew Lipman, les enfants s’écoutent, s’empruntent les idées les uns aux autres, justifient leur position, se posent des questions, cherchent des exemples et des contre-exemples, comparent, définissent les termes qu’ils emploient, s’entraident pour tirer des conclusions, essaient de comprendre leurs camarades,..

Cette investigation commune sur le sens des mots et des réalités qu’ils recouvrent favorise le déploiement de leur raisonnement logique. La conceptualisation et l’argumentation nourrissent leur indépendance d’esprit.

 

« Ils se font leur propre jugement sur la réalité, se forgent leur propre compréhension du monde et finissent par concevoir de manière personnelle quel genre de personnes ils souhaitent devenir et dans quelle sorte de monde ils veulent vivre ». Matthew Lipman, À l’école de la pensée

L’intensité de leur questionnement témoigne aussi de l’intérêt, dès l’enfance, pour la façon dont la société pourrait s’améliorer. Cultivons donc la pensée critique et le discernement pour grandir en Humanité !

* 21 novembre 2019, journée mondiale de la philosophie
Depuis 2005, l’UNESCO a proclamé le troisième jeudi de novembre « Journée Mondiale de la philosophie » rappelant que « la philosophie en tant que discipline encourage la pensée critique et indépendante et peut contribuer à une meilleure compréhension du monde et promouvoir la tolérance et la paix ».
* Dates des prochains ateliers philo avec Les Petits Nous

 

 

 

 

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