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Ecoutons Les Enfants !

Ecoutons les enfants !

Le contexte sanitaire de la pandémie de Coronavirus a touché les enfants autant que les adultes à travers des expériences individuelles et collectives inédites. Ces situations inhabituelles liées aux mesures de précaution ont généré des émotions agréables et désagréables.

Rappelons qu’une émotion n’est ni positive ni négative : elle est un message électro–chimique envoyé par le cerveau pour signaler une information importante à prendre en compte. L’intensité de l’émotion se calme quand on l’accepte et qu’on l’accueille.

Les neuro-sciences démontrent qu’un enfant peut d’autant plus facilement se concentrer sur ses apprentissages qu’il est en paix avec ses émotions. A l’école ou à la maison, il importe donc de (re)créer les conditions du dialogue par des moments d’échanges avec les enfants.

Accueillir les émotions

Dans un premier temps, il s’agit surtout d’accueillir les ressentis de chacun. Si les plus jeunes ont pu être nourris par la présence permanente de leurs parents, les enfants à partir de 5 / 7 ans, privés d’interactions sociales et affectives avec leurs pairs, ont pu ressentir un manque voire un sentiment d’abandon quand leurs parents étaient accaparés par le télétravail.

Exposés à des informations anxiogènes, victimes ou témoins de tensions familiales, les enfants ont pu vivre une surdose de stress durant le confinement à la maison. Or, comme l’a souligné la pédiatre Catherine Gueguen, lors de la conférence « L’éducation au temps des crises » organisée par KAIZEN, le stress endommage le cerveau de l’enfant. Fragilisés, certains ont pu se sentir d’autant plus en insécurité qu’ils n’avaient pas d’échappatoire. Ces enfants ont besoin d’être sécurisés et de reprendre confiance en la vie.

Comment aider l’enfant à s’exprimer sur ce qu’il a vécu pendant et après le confinement ? Comment l’accompagner dans l’expression de ses émotions ? Différents outils peuvent aider, autant les adultes que les enfants, à se libérer du trop plein émotionnel et à s’apaiser.

Des dessins (ou des photos d’actualité pour les plus grands) sont des supports qui utilisent le pouvoir évocateur de l’image et offrent à l’enfant un espace de langage où il peut verbaliser ce qu’il a vécu pendant cette période particulière.

Voici des peintures de Florence Grenot proposées par Isabelle Peloux, directrice de l’école des Amanins :

En petit groupe, les enfants sont invités à s’exprimer et doivent pouvoir se sentir libre de rester à l’écoute. Chaque enfant choisit au préalable une image qui lui fait penser à une situation vécue. Par un questionnement ouvert, l’adulte encourage l’enfant à relater l’événement et à mettre en mots ses ressentis. Dans une attitude bienveillante, il accueille la parole des enfants qui s’expriment tour à tour. Les enfants sont ensuite invités à coopérer pour élaborer des stratégies permettant de dépasser les difficultés rencontrées. Chacun met ainsi en commun ses ressources personnelles pour le bien-être de tous.

Ce dispositif pédagogique favorisant l’expression des émotions permet à l’enfant de déposer ce qui peut entraver son engagement dans les apprentissages et reprendre le cours de sa vie scolaire en se sentant plus libre. Ce faisant, il développe ses intelligences émotionnelle et sociale. L’adulte peut quant à lui repérer les éventuels vécus traumatiques.

Ces dessins – là servent de support à la prise de parole des jeunes enfants dans le cadre des ateliers de la Pensée Joueuse qui allient le jeu théâtral à la réflexion collective. Source : Yapaka.be

Ouvrir à l’échange philosophique

Les enfants ont une capacité de penser très importante. Dès l’âge de 4 ans, ils demandent à prendre la parole, à être écoutés car ils se sentent concernés par ce qui les entoure. Ils posent des questions qui les intéressent sur des sujets importants et donnent volontiers des idées pour trouver des solutions aux problèmes de société.

Il s’agit alors de les accompagner à dépasser leurs expériences singulières pour aborder une réflexion générale.

La littérature jeunesse et les contes constituent un support privilégié pour introduire une discussion à visée philosophique. Leur exigence, leur qualité et les nombreux sujets abordés invitent à la réflexion, stimulent la pensée et permettent à l’enfant de prendre du recul par rapport à ses propres expériences. La fiction littéraire ouvre à l’universel.

Voici un album offert par la maison d’édition L’Ecole des loisirs qui permet d’aborder le thème de la liberté et des interdits :

L’art de la discussion à visée philosophique consiste à relancer le questionnement en intervenant le moins possible. En privilégiant les questions ouvertes, en soutenant leur propre questionnement, en apportant au besoin des clarifications pour une meilleure compréhension, l’adulte nourrit la capacité des enfants à penser par eux-mêmes.

Dans un cadre ritualisé, les enfants expriment ce qu’ils pensent, apprennent à écouter les autres, à raisonner et à argumenter. Ils développent ainsi leur pensée et leur esprit d’ouverture. En prenant de la distance par rapport à leur vécu personnel, ils élaborent progressivement une réflexion qui nourrit leur conscience citoyenne.

A la maison, à l’école, en médiathèque… invitons les enfants à prendre la parole ! J’anime ces ateliers d’expression émotionnelle et discussions à visée philosophique, sur demande dans la région Auvergne – Rhône Alpes.

+ Pour aller plus loin, voici des ressources pour philosopher avec les enfants à partir du contexte actuel :

> Le P’tit LIBE Dans une édition spéciale pour expliquer le Coronavirus aux 7-12 ans, on peut retrouver en accès libre les thèmes suivants :
* Est-ce qu’on peut rester ami à distance ?
* Est-ce que la nature se venge avec le virus ?

> Les Petits citoyens  Parmi les thématiques abordées par ce journal gratuit dédié aux enfants, retrouvez : « la solidarité pendant le confinement » et « le déconfinement et les gestes barrières protecteurs ».

+ Voici un extrait du recueil des Philo-Fables « pour Vivre Ensemble » de Michel Piquemal, publié chez Albin-Michel :
L’APPRENTI SORCIER Il y eut autrefois un sorcier qui avait un apprenti qui se croyait très malin. Un jour que son maître était parti en ville et lui avait demandé de nettoyer le sol à grandes eaux, cet apprenti jugea qu’il était fort capable lui aussi de jouer avec les maléfices. Pourquoi donc se fatiguer quand on pouvait user d’enchantements ? Il en savait assez désormais. La formule, il la connaissait pour l’avoir entendue de la bouche de son maître :
Balai, petit balai, fais-toi des mains et des pieds et cours à la rivière remplir tes seaux. Et voilà le balai qui s’active comme un robot, allant puiser de l’eau pour la répandre sur le sol. Puis il s’en va et retourne encore, déversant sur le carrelage des litres et des litres d’eau. Lorsque la pièce est toute détrempée, l’apprenti lui crie : « Arrête donc maintenant ! » 
Mais un balai magique n’obéit qu’aux formules magiques… que l’apprenti a oubliées. Aussi le balai continue son manège et inonde, inonde la maison. Le pauvre garçon essaie de lui barrer la route, mais ce balai est diabolique. Il le renverse et l’inonde à son tour. « Ah ça donc, crie l’apprenti, on va voir qui sera le plus fort ! » Il s’empare d’une hache et fend en mille morceaux ce balai du diable. Hélas, de chaque petit morceau, sort un nouveau démon qui court à la rivière emplir des seaux. Voilà la maison toute entière inondée et l’apprenti bien près de se noyer.
« Au secours, crie-t-il, oh mon maître, aidez-moi ! »
Comme par enchantement, le maître sorcier paraît. Il claque du doigt, prononce une formule. Les eaux refluent vers la rivière et le balai redevient balai. Tout honteux, l‘apprenti supplie : « Maître, pardonnez-moi ! J’ai eu si peur ! »
– « Que cela te serve de leçons et je serai payé de ma peine. On ne doit pas jouer avec des forces qu’on n’est point sûrs de maîtriser ! » 
Dans l’atelier du philosophe : Cette histoire a eu tant de succès qu’elle a même donné lieu à une expression : « jouer à l’apprenti sorcier ». Une expression qui est souvent utilisée pour critiquer les scientifiques, accusés d’être des apprentis sorciers qui mettraient par leurs recherches l’humanité en danger. Il est vrai qu’ils ne peuvent souvent pas prévoir les conséquences de certains de leurs travaux : modification génétique, O.G.M, manipulation de virus, fission et fusion nucléaire… Pourtant, l’homme a toujours avancé dans la connaissance par tâtonnements. Marie Curie, Lavoisier, Pasteur, tout comme Einstein ont été des apprentis sorciers. Quelles limites mettriez-vous aux recherches scientifiques ?

> Enfin, pour parler de la mort avec les enfants, Edwige Chirouter, titulaire de la Chaire UNESCO Philosophie pour enfants, nous conseille ici différents albums jeunesse :

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